4. Despotisme légal et despotisme éclairé
Joseph II, attentif à tous les aspects des Lumières, subit fortement l'influence des idées dites « physiocratiques ». Diderot déborda, un temps, d'enthousiasme pour l'un des ouvrages capitaux dus à la « secte » : L'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, paru en 1767, qui avait pour auteur Lemercier de La Rivière, ancien intendant, « un de ces administrateurs français qui, dans la seconde moitié du xviiie siècle, influencés par la philosophie, ont pratiqué le despotisme éclairé au moins autant que le gouvernement lui-même » (M. Lhéritier). Diderot voulut envoyer Lemercier à Catherine, en proclamant que lorsqu'elle aurait « cet homme-là », celui qui avait découvert le « secret », les Voltaire, les d'Alembert, les Diderot ne lui serviraient plus à rien !
Quel était donc ce secret ? C'était la prééminence de l'agriculture, de la propriété foncière, fondement d'un ordre naturel évident comme la lumière du jour... ou comme les Lumières du siècle. Et la formule politique en était : despotisme légal, soit la plus paradoxale des alliances de termes.
Alors que dans le domaine économique les physiocrates tenaient farouchement pour la liberté, pour le laisser-faire, ils rejetaient expressément la liberté politique. L'autorité souveraine devait (selon le Dr Quesnay, chef de la secte) être unique, supérieure à tous les individus, à toutes « les entreprises injustes des intérêts particuliers » ; la balance des forces chère à Montesquieu et aux anglomanes ne pouvait que favoriser ces entreprises et leur guerre mutuelle aux dépens du bien commun. Despotisme, donc. Mais despotisme d'où tout soupçon d'arbitraire était exclu. Pourquoi ? Parce qu'il s'exercerait et ne pourrait s'exercer qu'en conformité avec l'ordre naturel, dont les lois de l'État ne sauraient être que la constatation et la déclaration, parce qu'il ne serait et ne pourrait être que l'expression de la soumission du souverain, chef unique, propriétaire de sa souveraineté, […]
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