4. La critique de Meyerson
Le paradigme relationnel, avec sa variante logiciste, représente l'orthodoxie positiviste, qui réduit l'explication à la description légale, c'est-à-dire en termes d'énoncés de rapports quantitatifs constants. Meyerson a critiqué ce réductionnisme en montrant qu'il ne rend pas justice à la tendance explicative des sciences. D'abord, la physique – la discipline qui passe, à l'époque contemporaine, pour être devenue la plus favorable aux thèses idéalistes et positivistes – reste substantialiste et réaliste. Les sciences remplacent l'ontologie du sens commun ou la complètent par des apports imaginaires, en tout cas elles supposent des entités, dont on s'assure ensuite si elles sont trouvables dans la réalité ou si elles sont rationnellement justifiées. Ces entités, moins accessibles que celles de la perception, et qui peuvent être des principes immatériels, des qualités occultes (avouées ou non comme telles : actions à distance, impénétrabilité, élasticité, élan vital, entéléchies, etc.), sont d'abord hypothétiques. C'est le cas, dans l'Antiquité, des atomes, petits solides insécables et invisibles, qui en s'agglomérant forment les solides et les liquides que nous voyons ; de la chaleur, expliquée par un fluide calorique ; de la lumière, expliquée par les vibrations d'un éther aux propriétés confuses ; de la gravité, définie par la courbure de l'espace-temps en rapport avec les masses qui y sont situées. Parmi ces êtres, initialement fictifs ou inobservables, les uns ont ensuite été jugés inutiles ou incompatibles avec les données expérimentales ; d'autres ont vu leur existence confirmée et leurs véritables propriétés précisées ; d'autres enfin ont été retenus pour leur fécondité théorique. La tendance à compléter le réel par de l'imaginaire qui en rend compte est si spontanée que périodiquement il faut en redresser les abus ou les déviations (rasoir d'Occam à la fin du Moyen Âge ; élimination néopositiviste des inobservables au xxe siècle). En d […]
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