2. Les théories de l'explication
En théorie de l'explication, on pourrait opposer deux grands paradigmes, qu'on appellera respectivement substantialiste et relationnel.
Anciens et médiévaux expliquent en termes de substances et de causes : ils admettent des atomes, des agents (causes efficaces et transitives), des supports d'actions causales (fluides propagateurs, vertus sympathiques, espèces sensibles émanées ou reçues, etc.), des formes facteurs d'unité et d'activité (formes substantielles). À l'époque suivante, on a vu, dans ces substances, formes et actions, autant d'abstractions réalisées, d'ailleurs peu sûres : les énoncés sur ces entités sont invérifiables et n'ouvrent la voie à aucune activité pratique. Descartes admet encore deux substances qui se diversifient entre les phénomènes individuels. Dans le cadre du paradigme cartésien (l'explication par figure et mouvement), on ne peut pas comprendre comment la modification de l'état d'un corps a pour effet la modification d'un autre corps. Leibniz et Malebranche montrent que les relations importent plus que les substances. À l'action d'une substance qui se transporte dans une autre, et qui est inintelligible, Leibniz substitue une harmonie, c'est-à-dire une loi de correspondance entre les modifications d'individus (les monades), tous reliés entre eux. Les rationalistes classiques ne pouvaient être que très sélectifs en matière d'admission de causes, puisqu'ils exigeaient qu'elles fussent en même temps des raisons : « causa sive ratio », l'expression se trouve dans Spinoza et dans Leibniz, peut-être déjà dans Descartes (Newton lui-même emploie les termes cause ou raison pour désigner la recherche d'une explication). Les analyses psychologiques de Hume vont dans le même sens que l'épuration effectuée par l'école cartésienne ; elles suppriment la causalité transitive et ne conservent que des successions ou des concomitances constantes. Tous préparaient, à leur insu, le positivisme de l'époque suivante, qui élimine tout […]
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