3. Le processus de dépersonnalisation
Quelles qu'en soient les nuances cliniques, la dépersonnalisation a une certaine unité dans la mesure où, en essence, elle est doute, angoisse, mise en question de l'authenticité de soi-même et du monde liée à la perte des qualités qui normalement assurent la référence de toute expérience vécue à une certaine image de soi dans la relation de la personne au réel. Elle n'est pas perte de la notion du réel, mais du sentiment de réalité personnelle du vécu. C'est justement cela que le dépersonnalisé cherche à retrouver dans l'intimité de sa conscience par un effort presque éperdu d'auto-analyse. Mais, cette introversion narcissique du courant de conscience ayant les mêmes caractères subjectifs d'irréalité, le sujet n'y retrouve encore que son anxiété de perdre cette image de soi, qui s'estompe à mesure qu'il la recherche. « Par l'analyse je me suis annulé », écrivait Amiel, retrouvant ainsi le paradoxe de ce processus où le sujet perd le sens du réel et de son moi à force de s'y cramponner.
Cela explique l'échec de nombreuses théories qui ont tenté de rapporter la dépersonnalisation à l'altération d'un « schéma corporel » neurologique, en tant que perturbation de l'intégration corticale de l'ensemble des afférences sensitivo-motrices qui assure chez l'être humain la connaissance de son corps. Il ne s'agit pas en effet du corps en tant qu'organisme, supportant l'être et objet de savoir, mais en tant que « corporéité vécue », au sens de Merleau-Ponty, c'est-à-dire du corps sujet de l'expérience.
Soulignant l'importance affective de ce vécu, les psychanalystes rapportent la dépersonnalisation à une sorte de dépolarisation de l'intérêt libidinal pour le corps, qui serait soit excessif par accroissement de la libido narcissique (Federn et Fenichel), soit au contraire désinvestissement libidinal du corps propre (P. Schilder). Plus récemment, les psychanalystes soulignent la lente maturation de l'image de soi à partir des premières relations de l'enf […]
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