2. Signification nosologique
La dépersonnalisation n'a pas par elle-même de signification nosologique particulière ; on peut même, de façon fugace, l'éprouver normalement à l'endormissement ou avec la fatigue. Elle varie cependant dans ses expressions et sa signification suivant la structure du processus psychopathique qui la détermine, étant liée à des moments critiques de son évolution au cours de nombreuses névroses et psychoses. Elle est très nuancée et riche dans son expression verbale chez le psychasthénique qui s'en défend par les conduites compulsives caractérisant ses obsessions. Tragique, elle traduit l'épreuve catastrophique du schizophrène, terrorisé par l'angoisse du néant, angoisse dont il ne peut se protéger qu'en s'enfermant dans un autisme hermétique. Elle colore le vécu de toute psychose délirante subaiguë, où se désorganise l'ordre spatio-temporel du champ de conscience, ce qui livre le sujet aux fantasmes qui mêlent le rêve à la réalité de son personnage et de son monde. Parfois, dans certaines mélancolies graves, la dépersonnalisation se résout en délire de négations où le sujet affirme qu'il est un mort immortel pour qui la vie et la mort n'ont point de sens.
Bien qu'errance de l'esprit – « délire » au sens étymologique – la dépersonnalisation n'est pas un délire, au sens psychiatrique, où le sujet affirme la réalité objective de ses fantasmes : possession de soi par des influences étrangères chez l'halluciné, conviction imaginée d'une identité fabuleuse, etc. ; il n'y a pas non plus dépréciation nosophobique des organes comme on l'observe chez l'hypocondriaque.
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