2. Maturité pénible à Corfou
Dans la vie de Solomos, le changement, lié à des causes multiples, subjectives et objectives, ne s'opéra pas d'un jour à l'autre. Au début, Corfou représente pour lui le calme et le bonheur tranquille : « On ne vit bien que seul » (1831). Il travaille Lambros et, chose exceptionnelle, il en publie un fragment (1834) ; en même temps, toujours fasciné par la littérature crétoise, il commence à composer Crétois (1833-1834).
Un long procès familial, relatif à une affaire d'héritage, le bouleversa pendant cinq ans (1833-1838), et le fait qu'il s'opposa publiquement à sa mère n'est pas le moins douloureux. Après quoi, ayant perdu son équilibre psychique, il travailla de plus en plus péniblement.
Les difficultés s'accumulèrent. Dès 1830, Solomos avait commencé à s'intéresser à la poésie et à la pensée allemandes : Schiller, Schlegel, Schelling, surtout Hegel, ont influencé progressivement l'œuvre de sa maturité. Le contact avec la réalité historique – contact réalisé à Zante au cours de la phase dynamique de la révolution – est devenu abstrait et incertain. Sans doute, la Grèce postrévolutionnaire, presque complètement absente des écrits de Solomos, était-elle loin de correspondre à son idéal. Poète du réel, il fut obligé de recourir à une idéalisation extrême pour rejoindre sa réalité perdue (la révolution). « Il faut s'élever verticalement », écrivait-il à une autre occasion (1833). Mais les dangers de la chute n'étaient pas négligeables. À mesure que la maturité de Solomos impliquait une problématique de plus en plus poussée et exigeante, le conflit entre la matière et l'écriture s'accentuait. Les Libres Assiégés, que le poète reprenait pour la troisième fois en 1844, donnent une idée de cette lutte tragique de l'écrivain avec l'expression. Les Réflexions en prose, qui précèdent le texte inachevé, montrent à quel point Solomos, visant l'impossible, s'était engagé dans une voie aussi courageuse qu'inextricable.
Il laissa des fragments et des vers isolés. Ave […]
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