Parmi les historiens de sa génération, celle qui, dans le sillage de Fernand Braudel et d'Ernest Labrousse, a assuré la réputation de l'école historique française, Denis Richet tenait une place originale. Il a été, d'abord, un magnifique éveilleur de vocations. À la Sorbonne, puis à l'université de Tours, enfin à l'École des hautes études en sciences sociales (où il avait été appelé en 1968 par Fernand Braudel), ses enseignements ont appris à beaucoup le métier d'historien, un métier qui, pour lui, était fait de rigueur dans la démarche de recherche et de liberté critique dans l'effort de compréhension. Appuyés sur une profonde connaissance des historiens français du xixe siècle (Tocqueville, Guizot, Michelet), nourris de la lecture de Marx, de Malthus et des « primitifs de la pensée économique » (selon l'expression de Pierre Vilar), informés des recherches les plus récentes, ses cours et ses séminaires, transmis entre étudiants comme des trésors sans prix, constituent en eux-mêmes une œuvre véritable.
Le domaine de travail de Denis Richet était la France entre les guerres de religion et la Fronde. D'une thèse achevée sur la famille Séguier et d'une autre entreprise sur la société parisienne à l'époque de la Ligue, il avait acquis une familiarité unique avec les archives de la capitale.
Trois questions ont plus particulièrement retenu Denis Richet. Celle, d'abord, de l'articulation entre les fractures religieuses et les divisions socioculturelles entre la Réforme et la Ligue. Dans un article des Annales de 1977, devenu classique, il développait des perspectives neuves sur la conquête des notables par le protestantisme triomphaliste entre 1555 et 1562, sur la violence catholique comprise comme une réponse plébéienne à ce qui était ressenti comme une « agression contre un équilibre culturel ancestral, des gestes et une façon spontanée de pratiquer sa religion », sur l'extrémisme ligueur, sa « psychose terroriste » et ses dévotions inédites. Les filiations politiques sou […]
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