3. L'impact sur l'histoire
Depuis le début du xxe siècle, certains historiens s'efforçaient d'introduire les mathématiques dans l'objet de leurs études. Sans prétendre faire de l'histoire une science exacte, ils s'attachaient à tout ce qui est mesurable (production, prix, etc.) et cherchaient à relier ces paramètres par des équations, à l'imitation de ce qui se fait en économie politique. Toutefois, ils n'avaient jamais réussi à construire de modèles, faute de pouvoir en contrôler toutes les entrées : beaucoup de facteurs, dont aucun n'est négligeable, leur échappaient fatalement.
La démographie, au contraire, réduit l'étude à quelques grandeurs mesurables : nombre des hommes, âges, répartitions, intervalles. Pour elle, une population est un stock, avec un flux d'entrée (la natalité) et un flux de sortie (la mortalité). Sans doute, la natalité est-elle réglée, dans toutes les civilisations, par le phénomène social du mariage, mais celui-ci peut être analysé quantitativement, indépendamment de ses autres aspects. Ainsi, connaissant la structure par âges d'une population, ses lois de mortalité, de nuptialité et de fécondité, on peut prédire son avenir avec une certitude mathématique, à condition que cette population soit fermée (sans migrations) et stable (mortalité et natalité immuables).
L'histoire sociale a été la première bénéficiaire du développement de la démographie historique : avec celle-ci, les classes populaires, qui n'avaient été étudiées que de manière très « impressionniste » et très abstraite, sont entrées dans l'histoire. Atteignant chaque groupe en proportion de son importance numérique, grâce au dépouillement des registres d'état civil, la démographie historique a donné enfin une image représentative de la société française, alors que les autres sources de l'histoire sociale privilégiaient les élites et quelques groupes spécifiques. On a ainsi découvert que les paysans français se mariaient tardivement, du moins au xviie et au xviiie siècle, que l'interval […]
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