2. Les techniques
La technique fondamentale est celle de la reconstitution des familles. Elle consiste à réunir sur une « fiche de famille » tous les renseignements relatifs à l'histoire d'une union, tels qu'on peut les glaner dans les registres de catholicité ou d'état civil : formation et dissolution du couple, naissances, mariages et décès des enfants, etc. Par comparaison des dates, on peut alors calculer l'âge des époux au mariage, au veuvage et au décès ; la durée du veuvage (en cas de remariage) ; l'âge de la mère à la naissance de chacun des enfants, ainsi que la durée du mariage, etc.
On en tire les éléments constitutifs suivants :
– intervalle entre mariage et première naissance (dont on déduit la fréquence des conceptions prénuptiales) ;
– intervalles entre naissances dans les familles nombreuses (en distinguant les intervalles après décès de l'enfant précédent) ;
– taux de fécondité légitime par groupes d'âges en fonction de l'âge de la femme au mariage ;
– taux de fécondité légitime en fonction de la durée de l'union et de l'âge au mariage ;
– descendance finale ;
– âge à la dernière maternité, etc.
Ces analyses permettent de mesurer les comportements sociaux et même certains phénomènes biologiques. Toutefois, elles doivent être précédées d'une critique serrée et, si possible, de la correction des données brutes. Par exemple, grâce à la méthode dite de récupération des naissances perdues, on peut évaluer, pour chaque période, la proportion de naissances ayant échappé à l'observation.
Les autres techniques de la démographie historique se répartissent en deux catégories : la correction des données (en particulier celles des dénombrements et recensements) et le calcul des quotients de mortalité, de nuptialité et de migration.
L'effort a porté par la suite sur la standardisation et l'automatisation de ces opérations, avec recours au calcul électronique. Diverses équipes (Paris, Montréal, Florence, Cambridge, Salt Lake City) ont même entrepris avec plus ou moins de succès la reconstitution automatique des familles, la principale difficulté provenant des variations du prénom usuel, et aussi des fluctuations orthographiques. Toutes ces recherches permettent de gagner beaucoup de temps dans l'élaboration des données et d'être en mesure de traiter des ensembles beaucoup plus importants, d'affiner les analyses, de multiplier les interrogations, et surtout d'élargir le champ de la démographie historique en direction du biologique et du social.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



