2. Les atomes et la physique
En termes de physique, les atomes interagissent en obéissant à une nécessité absolue (Aetius, Plac. I, 25, 4) et une difficulté se pose à cet égard, car Aristote (selon Eudème) attribue aux atomistes la thèse que les mondes et le ciel proviennent de la fortune et du hasard (cf. Phys., II, 3-4). Mais il semble qu'Aristote veuille seulement exprimer que la nécessité entraîne l'absence d'un dessein et d'un finalisme (dans les Lois, X, 889 b-c, Platon écrit que les explications mécanistes « font découler le hasard de la nécessité »). Comment s'explique la génération et l'existence de ce qui est – ainsi que le changement et la corruption des êtres ? Les atomes, très petits, multiformes et en nombre infini, s'assemblent en des composés, les corps et l'infinité des mondes dont la variété est l'effet global des différences ci-dessus indiquées. Cela ne saurait pourtant suffire et les atomistes invoquent un principe général de congruence (symmetria), vraisemblablement emprunté à Anaxagore, et explicitement formulé en plusieurs fragments dont celui-ci : « Ces atomes [...] se rattrapant les uns les autres, ils se frappent et quelques-uns sont rejetés loin, au hasard, tandis que d'autres, s'entrelaçant mutuellement d'après la congruence de leurs figures, tailles, positions et ordres, restent ensemble et réalisent ainsi la venue-à-l'être des corps composés » (Simplicius, ibid., 242, 21). En d'autres termes, l'atomisme n'est pas seulement « mécaniste » ; la nécessité joue aussi sur la forme.
Et, pour leur part, la dissolution et la mort seraient la conséquence de la rupture des congruences. Les atomes « restent ensemble jusqu'au temps où une quelconque nécessité plus forte vient du dehors et les secoue et les disperse » (Simplicius, ibid., 295, 11). On doit néanmoins se demander si cette solution n'est pas trop forte : ne se doublant pas d'un principe de stabilité interne (tel que, par exemple, le pneuma stoïcien), elle ne semble pas à même de rendre raison de la co […]
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