4. Formes contemporaines de la délinquance
L'ampleur prise par les vols et les cambriolages constitue un premier marqueur. Elle semble avoir accompagné – selon des calendriers qui varient naturellement d'après l'histoire de chaque société particulière – l'entrée dans la « consommation de masse » et dans la « société de consommation ». Les valeurs ont alors été réorganisées autour de la disposition de biens semi-durables prestigieux et indispensables à la vie moderne, comme la voiture, les vêtements de marque ou l'électrodomestique. Pour ceux qui avaient du mal à y accéder régulièrement, la pression pour s'en emparer par d'autres voies s'est faite très forte. Les normes de respect du bien d'autrui ont résisté difficilement à la pression impétueuse des valeurs de consommation. L'explosion de cette délinquance a enfin été facilitée par le recul des surveillances privées et publiques traditionnelles. On a mal pris la mesure de l'explosion de la criminalité d'appropriation en raison de sa banalité, et, comme l'a montré David Garland, les autorités publiques ont eu tendance à la minimiser à cause de la difficulté à élucider cette délinquance dont les auteurs restent facilement anonymes. Si cette criminalité d'appropriation s'est finalement stabilisée, c'est à cause de la montée en puissance de nouvelles modalités de sécurité privée qui ont permis à ceux qui en ont les moyens de protéger leur domicile ou leur entreprise contre l'intrusion, voire leur voiture contre l'enlèvement.
À partir des années 1990, l'accent a été mis sur le retour de la violence. Ce qui s'est passé n'est pas très clair. Certes quelques auteurs, tel que Manuel Eisner, ont pointé un sursaut des homicides ; outre que sa trace est vraiment ténue dans plusieurs sociétés, il est en tous cas antérieur aux deux dernières décennies sur lesquelles se concentre l'alarme à l'agression. On assiste plutôt à une forte croissance d'une violence de basse intensité où semblent se mêler deux phénomènes. D'une part, un dépla […]
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