2. L'étude du phénomène et ses interprétations
Entre la grande crise économique des années 1880 et la Première Guerre mondiale, les politiques criminelles classiques nées un siècle auparavant dans la filiation du traité Des délits et des peines, du juriste Cesare Beccaria, paru en 1764, subissent contestations et recompositions. Du coup, la délinquance devient objet d'étude et non plus seulement matière à dissertation juridique ou philosophique.
De Gabriel Tarde à Willem Bonger en passant par Gaston Richard ou Henri Joly, les sciences sociales européennes naissantes abordent le thème de plusieurs manières, sans parvenir toutefois à l'investir durablement. En 1895, Émile Durkheim avait pourtant posé pour l'étude de la délinquance d'importantes règles de méthodes, mais sans pour autant retenir l'attention. Du coup, l'investissement scientifique européen se réduit jusqu'aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale à un monopole juridico-psychiatrique centré non pas sur l'étude de la délinquance mais sur celle du délinquant. C'est en Amérique du Nord que vont fleurir, pour de longues décennies, les théories de la délinquance.
À Chicago, après la Première Guerre mondiale, Clifford Shaw et Henry McKay expliquent en 1942 les bandes et la délinquance juvénile par la désorganisation sociale. Ils ont remarqué leur concentration dans certains quartiers de la ville qui conservent des scores élevés de délinquance alors que leur population se renouvelle pourtant très rapidement au fil de vagues d'immigration d'origines différentes. Au contraire, quand des habitants de ces quartiers les quittent, leurs taux de délinquance se fondent dans la normale urbaine. Il y a désorganisation sociale quand les normes peinent à régler les comportements. Ce n'est pas la misère en soi qui engendre la déviance, mais le désordre normatif qui l'accompagne dans les aires où un perpétuel renouvellement de population empêche toute stabilisation des relations sociales.
C'est aussi à Chicago qu'Edwin Sutherland écrit […]
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