En octobre 2004, une équipe australo-indonésienne dirigée par M. Morwood annonce, dans la revue britannique Nature, la découverte d'une nouvelle espèce humaine : Homo floresiensis, vieille de quelque 20 000 à 18 000 ans. Celle-ci est représentée par des ossements appartenant à divers individus qui ont été mis au jour en 2003 dans la grotte de Liang Bua sur l'île de Flores, en Indonésie. Le squelette le plus complet, celui d'un sujet féminin adulte, présente une stature d'un peu plus d'un mètre, une capacité crânienne de 420 cm3 (soit moins que la moyenne de celle des chimpanzés), des traits d'Homo erectus asiatiques et d'autres d'hommes modernes (Homo sapiens sapiens).
Quel que soit son statut phylogénétique, Homo floresiensis interpelle la communauté scientifique car nul ne pensait que l'on puisse trouver un membre du genre Homo (dont il faudrait revoir la définition) avec une aussi faible capacité crânienne et une aussi petite stature. Pour ses découvreurs, le spécimen d'abord étudié ne serait pas qu'un cas pathologique d'homme moderne et dériverait d'Homo erectus.
Une série d'articles publiés dans le Journal of Human Evolution en 2009 suggèrent que la morphologie squelettique de Flores ne serait pas la conséquence de pathologies. Si les proportions de ses membres semblent similaires à celles des australopithèques, en raison de sa petite taille, sa mandibule serait proche de celle des premiers représentants du genre Homo et très éloignée de celle des plus vieux Homo sapiens (— 170 000 ans). D'après ces études, Homo floresiensis ne trouverait pas ses racines chez Homo erectus ou Homo ergaster, comme cela avait été supposé par ses découvreurs, mais dans une lignée plus primitive comme celle d'Homo habilis ou Homo rudolfensis. L'hypothèse que le groupe ancestral à Homo floresiensis soit sorti de l'Afrique avant l'individualisation de l'espèce Homo erectus (ou Homo ergaster) est donc maintenant envisagée, venant bouleverser l'un des paradigmes importants de l'histoire de l'homme, celui qui supposait que c'est seulement après la mise en place d'une morphologie corporelle de type Homo erectus (ou Homo ergaster) que l'homme préhistorique avait pu quitter le berceau africain.
Bruno MAUREILLE
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