5. Désaxiologisation
On nomme axiologie un système de valeurs normatives sollicitant et entraînant des convictions. Les idéologies persuadent, les idéaux convainquent. Or, pendant des siècles les valeurs occidentales se sont identifiées aux valeurs chrétiennes : la vie quotidienne et saisonnière est encadrée dans un calendrier chrétien et, si le temps est ainsi christianisé à l'intérieur de ce calendrier, les espaces sont christianisés autour des clochers, comme les vocabulaires le sont par une philosophie dérivée des théologies chrétiennes. Une nouvelle question surgit donc : les déchristianisations ambiguës analysées plus haut entraîneront-elles une désaxiologisation ? C'est-à-dire non pas un transfert des valeurs, comme celui que prophétisait Nietzsche, mais une pure et simple éviction des valeurs ; car l'hypothèse ne peut être exclue : c'est celle d'une humanité installée dans un règne de moyens (la société de consommation) et condamnant à l'ostracisme tout royaume des fins. On vient de remarquer que les quatre types de phénomènes décrits sous le terme ambigu de déchristianisation demeurent ambivalents, susceptibles d'une interprétation en termes de déclin ou d'une interprétation en termes d'essor. Mais si s'additionnent les caractères d'un véritable déclin, le résultat d'un tel processus cumulatif ne serait-il pas précisément une désaxiologisation ? Le christianisme ayant été non seulement une table des valeurs, mais la table des valeurs et cessant de l'être ou même d'en être une, la déchristianisation ne serait-elle pas non seulement un changement des valeurs, mais la perte de toute valeur, l'entrée dans la « choséité » (Sachlichkeit), dans la « médiocratie » (Balzac) ? Cette question va plus loin que les contestations de la « démythologisation » ou la « désidéologisation » du ou des christianismes. Elle est plus fondamentale que les désescalades qui viennent d'être analysées. Si tel était le résultat, la déchristianisation au sens d'une désaxiologisation radicale ne reléguerait-elle pas l […]
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