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DÉCHRISTIANISATION

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3.  Déconfessionnalisation

Lucien Febvre a décrit dans son Rabelais les rites et les rythmes d'un État chrétien. Or la question de l'État chrétien a fait couler beaucoup d'encre (Marx, Engels, etc.). À cette question de l'État chrétien est venue s'ajouter ultérieurement celle des organisations chrétiennes : partis, syndicats, coopératives, œuvres sociales et culturelles. La déchristianisation, en ces domaines, signifie l'abandon de l'appartenance confessionnelle, le poids du substantif l'emportant désormais sur celui de l'épithète. L'État pour être État, le syndicat pour être syndicat, les œuvres pour être des œuvres doivent cesser d'être encloses dans la limite d'une religion. Des batailles homériques ont été ainsi livrées autour du qualificatif « chrétien » qui confessionnalisait et l'action et l'audience, et par là même imposait des limites soit à l'action soit à l'audience. De la même façon s'était accomplie l'émancipation des diverses sciences par rapport aux théologies.

Les christianismes, dans leur effort pour surmonter les difficultés engendrées par l'écart entre la religion et la vie, avaient fondé, sur le terrain même de l'action, ce que le sociologue néerlandais Kruyt nomme leurs piliers (pillars) et avaient fomenté pour autant leur « pillarisation » : parti, syndicat, coopérative, jeunesse, assistance sociale, enseignement, tous moyens en vue de faire passer, selon le slogan célèbre, « toute la religion dans toute la vie ». Mais, à partir d'un certain moment, pour de telles organisations, la logique interne qui les pousse à être elles-mêmes dans toute leur intensité et dans toute leur extension se trouve plus forte que la logique externe qui les poussait à se réclamer du ou d'un christianisme, et cela pour plusieurs motifs : en raison de leur audience qui tend à ne plus se limiter à une clientèle dénominationnelle ; en raison de leur objectif spécifique qui définit de plus en plus par lui-même et pour lui-même sa propre valeur, sa propre technique, sa propre d […]

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