Livre mythique s'il en fut, le De tribus impostoribus(Livre des trois imposteurs) a hanté la conscience du Moyen Âge. L'ombre suscitée par son incertaine réalité n'a pas cessé, pendant des siècles, de nourrir l'idée que l'humanité a pu s'engager dans la voie des religions comme en un chemin d'une absurdité et d'une aberration fondamentales. On prête au karmate Abū Tāhin le propos d'où va découler la légende d'un ouvrage qui en développerait l'argument : « En ce monde, trois individus ont trompé les hommes : un berger, un guérisseur et un chamelier. » Les relations amicales que l'empereur Frédéric II entretenait avec le monde musulman, ainsi que son conflit avec la papauté, lui imputent rapidement, à lui ou à son chancelier, Pierre de la Vigne, la responsabilité d'un livre scandaleux où il aurait été démontré que le monde a été mené par trois imposteurs, Moïse, Jésus et Mahomet. D'où serait issu le sentiment de Frédéric ? D'Averroès, qui aurait déclaré : « La religion judaïque est une loi d'enfants ; la chrétienne une loi d'impossibilité ; et la mahométane une loi de pourceaux. » Au xiiie siècle, Thomas de Cantimpré rapporte que Simon de Tou […]
