1. Le principe général du Stijl
Le Stijl fut un mouvement novateur, dont la théorie se fonda sur ces deux mamelles du modernisme que sont l'historicisme et l'essentialisme : historicisme parce que, d'une part, le Stijl conçut sa production comme l'aboutissement logique de tout l'art du passé et que, d'autre part, il prophétisa, en termes quasi hégéliens, la dissolution inexorable de tout art dans une sphère totalisante (qui ne connaîtrait pas d'extérieur), celle de la vie ou de l'environnement ; essentialisme parce que cette lente progression historique eut pour moteur une quête ontologique, chaque art devant réaliser sa nature en se purgeant de tout ce qui ne lui appartient pas en propre, en exposant ses matériaux et ses codes, afin d'œuvrer à l'instauration d'un langage plastique universel. Rien de tout cela n'est profondément original, même si la formulation de cette théorie par le Stijl fut étonnamment précoce. La spécificité du Stijl repose ailleurs : dans l'idée qu'un même principe générateur puisse concerner toutes les pratiques artistiques sans diminuer en rien l'autonomie de chacune d'entre elles, et, plus encore, que ce principe soit seul à l'origine d'une telle autonomie.
Bien que ce principe n'ait jamais été formulé comme tel par les membres du mouvement, on peut dire qu'il repose sur deux opérations : l'élémentarisation et l'intégration. Élémentarisation, c'est-à-dire décomposition de toute pratique en une série de composantes, et réduction de ces composantes à quelques éléments discrets incompressibles ; intégration, c'est-à-dire articulation exhaustive de ces éléments entre eux en un tout syntaxique indivisible et non hiérarchique. Il s'agit là d'un principe structural (comme les phonèmes de la langue, les éléments en question n'ont de sens que par leur différence), c'est-à-dire d'un principe total : aucun élément n'est plus important qu'un autre, aucun ne doit échapper à l'intégration. Leur mode d'agencement n'est pas additif mais exponentiel (d'où le rejet par […]
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