2. Histoire et destruction
Les deux derniers livres décrivent la genèse du monde et l'histoire de l'humanité. Si le monde a un commencement, il aura une fin. Et c'est vain anthropomorphisme que de croire que toutes choses ont été créées pour nous. Le monde est destiné à passer. L'inéluctabilité de sa fin est attestée non seulement par les observations que nous pouvons faire dans la nature mais aussi par les mythes qui annoncent la destruction de toutes choses. Les civilisations, dont la lente et difficile genèse est retracée avec force détails réalistes, sont elles aussi mortelles : langages, arts, religions, techniques sont nés, se sont développés au cours des temps, et les fragiles équilibres dont ils sont le produit n'ont aucune raison de se perpétuer éternellement. Il faut, ici comme ailleurs, accepter ce que les Modernes appelleront notre « finitude ». C'est sur l'évocation des catastrophes naturelles (tremblements de terre, inondations, maladies et épidémies) que se clôt le De rerum natura. Resté inachevé, il se conclut par une description de la peste qui ravagea l'Attique en 430 avant J.-C. Il serait contraire à l'esprit de l'œuvre de voir ici la conclusion désespérée d'un pessimiste las de chanter la vie et le miracle qu'elle devrait être pour chacun. L'insistance mise à représenter les maux dont souffrent l'humanité n'aura eu pour seule fin que de nous faire accepter sans fard la vie telle qu'elle est. Seule possibilité qui nous est octroyée de vivre heureux.
Document philosophique et littéraire essentiel sur l'épicurisme, tant par son style que par sa doctrine, le poème de Lucrèce eut un écho considérable aussi bien sur les matérialistes (philosophes des Lumières ou marxistes) que sur les penseurs contemporains (Gilles Deleuze, Michel Serres), soucieux de ne pas disjoindre la connaissance des pouvoirs productifs de la nature de ses effets sur la conduite des hommes.
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