2. Une leçon de sociologie
Immédiatement salué par Chateaubriand, Lamartine, Guizot et Royer-Collard qui voyait en son auteur le Montesquieu du xixe siècle, ainsi que par Stuart Mill qui trouvait là la première théorie de la démocratie représentative, l'ouvrage, primé par l'Académie française, relève de la tradition philosophique classique. Mais l'idéal type de la démocratie que le second volume s'attache, dans un esprit pré-wébérien, à reconstruire abstraitement à partir d'une sélection des traits structurels de la société américaine, et l'objectif comparatiste que poursuit son opposition typologique avec la société aristocratique, témoignent d'une méthodologie originale qui autorise à ranger son auteur parmi les pères fondateurs de la sociologie comparative. Le tableau de la démocratie, malgré les imprécisions de sa définition, est ici dressé non pas d'un point de vue universel, mais à l'aide d'un modèle intelligible des actions et attitudes individuelles qui permet d'expliquer les ambivalences consubstantielles à ce régime et la diversité de ses formes historiques possibles (libérale ou despotique), tout en dégageant des facteurs de risque et des solutions aux excès de l'individualisme et de la recherche d'égalité en son sein. Repris dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856), ce procédé offre au contemporain des perspectives qui, regardant autant la sociologie de la connaissance que la science des mœurs, restituent la description monographique des institutions et des pratiques sociales d'une société moderne dans un ensemble général d'une étonnante actualité.
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