2. Une science de la loi
La démarche apparaît à la fois comme rigoureuse dans sa visée d'ensemble et particulièrement souple dans la multiplication des exemples, empruntés aux époques et aux pays les plus divers. La typologie des gouvernements, l'opposition entre climats du Nord et du Sud semblent constituer des grilles précises. Mais elles sont moins débordées qu'enrichies et nuancées par la prolifération des cas particuliers. Montesquieu s'efforce de maintenir l'unité du général et la diversité du particulier, le principe d'une rationalité d'ensemble et le pragmatisme des connaissances historiques et ethnographiques. L'hypothèse de la gravitation universelle, énoncée par Newton pour rendre compte de l'ensemble des mouvements terrestres et célestes, fournit un modèle pour expliquer le fonctionnement des sociétés qui ne doit plus être rapporté à un principe fixe, mais à un mouvement incessant. Le philosophe se doit alors de saisir des rapports constants entre ces changements : « Entre un corps mû et un autre corps mû, c'est suivant les rapports de la masse et de la vitesse que tous les mouvements sont reçus, augmentés, diminués, perdus ; chaque diversité est uniformité, chaque changement est constance. »
L'originalité de Montesquieu est de transformer ainsi des débats qui étaient strictement techniques et érudits en un travail qui reste certes difficile, mais qui s'adresse à l'ensemble du public cultivé. Il maîtrise une masse énorme d'informations et de documentation par la rapidité d'un style qui passe de l'ampleur à la brièveté épigrammatique, et domine le constat de l'infinie variété des législations humaines par la conviction qu'un partage doit s'opérer entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Dans la mobilité universelle des choses, cet équilibre fragile constitue un idéal qui reste sans cesse à conquérir ou conforter.
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