La place du sculpteur David Smith, dans l'histoire de l'art américain de ce siècle, ne peut se comparer qu'à celle de l'architecte Frank Lloyd Wright ou à celle du peintre Jackson Pollock. Comme eux, il libéra l'art de son pays du provincialisme dans lequel il était installé depuis de nombreuses années à l'égard de l'Europe et créa à partir d'un vocabulaire original fondé sur le caractère spécifique du tempérament américain une tradition nouvelle qui devait ouvrir la voie à de nombreux artistes. Descendant d'un pionnier forgeron, ayant horreur des contraintes, gagnant lui-même sa vie en faisant cent métiers, David Smith, personnage héroïque et romanesque de la vie artistique new-yorkaise, devait connaître, comme Pollock, une fin tragique dans un accident de voiture. Exubérant et énergique, il a produit une œuvre immense (plus de six cents sculptures, des milliers de dessins et de peintures, sans compter les poèmes et les écrits) qu'une importante rétrospective au Solomon R. Guggenheim Museum de New York devait consacrer en 1969.
1. Le dessin dans l'espace
Né en 1906 à Decatur (Indiana) et étudiant à l'Art Students League dans l'atelier de Jan Matulka, David Smith est d'abord peintre et ne s'initie à la sculpture qu'en 1930. Il débute en fixant des objets à la surface de la toile, qui devient ainsi le support de constructions composées de bois, fils de fer et corail – Construction, 1932 ; Untitled (Virgin Island Tableau), 1931, Weatherspoon Art Gallery, University of North Carolina, Greensboro –, et qu'il peint parfois. Sa démarche artistique sera longtemps marquée, pour ne pas dire gênée, par cette double appartenance et ce souci constant de concilier peinture et sculpture, souci qui fait de ses œuvres, souvent lisibles sur une seule face, la simple transcription du tableau dans un espace à trois dimensions.
Le dessin occupe une grande place dans la pratique de Smith. Sans lien avec son travail en trois dimensions, il lui permet une libre circulation de sa pensée artistique ; quand il accompagne son […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



