3. La critique de la causalité
Parmi les études que Hume a laissées sur les diverses relations, la plus célèbre est sa critique de la causalité. La causalité devait, à vrai dire, le préoccuper particulièrement, comme semblant, dès le départ, mettre en échec son empirisme. Car cette relation ne se borne pas à lier deux termes présents en notre expérience : elle amène la pensée à passer d'une cause donnée à un effet encore non donné, mais seulement attendu. Si je vois du feu, je suis convaincu, par exemple, avant même de m'être brûlé, que, si j'y mets la main, le feu causera une brûlure. Faut-il donc croire qu'en ceci l'esprit, par ses seules ressources, soit capable de dépasser l'impression ? Tout au contraire, Hume va rechercher l'impression particulière dont naît l'idée de causalité.
Qu'avons-nous dans l'esprit quand nous parlons de causalité ? Tout d'abord un rapport spatio-temporel de contiguïté et de succession immédiate. Même quand la cause et l'effet semblent lointains et séparés, nous supposons des chaînons qui les relient : la véritable cause est donc toujours tenue pour contiguë à l'effet. Mais contiguïté n'est pas causalité : souvent un fait en précède un autre sans que nous le tenions pour sa cause. L'idée de cause est celle d'une connexion nécessaire.
Selon le rationalisme classique, l'idée de connexion nécessaire est ramenée à celle d'un rapport logique entre deux termes : la cause contient la raison suffisante de l'effet. Hume montre au contraire que, le phénomène cause étant seul donné, il serait impossible d'en déduire a priori l'effet : de l'idée du refroidissement de l'eau, je ne tirerai jamais l'idée de sa solidité, de sa transformation en glace. En fait, c'est entre des phénomènes hétérogènes et intellectuellement séparables que nous affirmons le lien de causalité.
L'idée de cause viendrait-elle donc d'une impression objective ? Apercevrions-nous dans les choses une énergie se déployant, une force passant d'un terme à l'autre ? Il n'en est rien : jamais […]
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