3. Treize ans à la tête d'Israël
Ben Gourion va rester chef du gouvernement de mai 1948 à juin 1963, à l'exception d'une retraite temporaire en 1954-1955. À ce poste, il s'attache méthodiquement à consolider l'État. L'enseignement est nationalisé, les bourses du travail transférées à l'État. Ce dernier est aussi l'agent de « fusion des immigrants », qui affluent par centaines de milliers, en un ensemble national cohérent. À l'extérieur, Ben Gourion a deux soucis. D'une part, imposer la réalité d'Israël à ses voisins arabes. Il ne tolère aucune atteinte, même mineure, à la souveraineté d'Israël. De concert avec le chef d'état-major Moshe Dayan, il met en œuvre une politique de représailles systématiques qui débouche, en octobre 1956, sur la guerre de Suez contre l'Égypte nassérienne, menée en concertation avec la France et le Royaume-Uni. D'autre part, pour pallier l'isolement régional d'Israël, il recherche des alliés en Occident. La France lui fournit de précieuses armes. Avec la république fédérale d'Allemagne, soucieuse de tourner la page du passé nazi, Ben Gourion parvient à conclure en 1952 des accords de réparation, incluant indemnisations individuelles et dédommagement collectif pour l'État d'Israël. Ces accords suscitent une crise majeure en Israël mais Ben Gourion, guidé par la realpolitik, tient bon : ces réparations allemandes sont indispensables pour la fragile économie israélienne. La fin de sa carrière comme chef de l'exécutif est ternie par le « scandale Lavon » (affaire d'espionnage impliquant des Juifs égyptiens), qui précipite sa démission en 1963. Désormais dégagé de toute responsabilité gouvernementale, Ben Gourion tente pourtant de peser encore sur la politique menée par son successeur, Levi Eshkol. Mais son étoile a pâli : il est mis en minorité au Mapaï et le quitte avec sa garde rapprochée (Moshe Dayan, Shimon Peres) pour fonder le Rafi, parti qui n'obtiendra qu'un soutien limité aux élections de 1965. Ben Gourion s'enfonce peu à peu dans la solitude. En 1970, il se retire définitivement de la vie politique et s'installe à Sdé Boker, dans le Néguev, où il entreprend de rédiger ses Mémoires. Il s'éteint en novembre 1973, peu après la guerre de Kippour. Homme doté d'une implacable volonté et d'un sens politique aigu, sachant conjuguer flexibilité tactique et fermeté stratégique, Ben Gourion restera le véritable bâtisseur de l'État d'Israël.
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