2. Construire l'État juif
Méthodiquement, Ben Gourion consolide son pouvoir sur trois fronts. D'abord, il œuvre pour l'unification des différents groupuscules socialistes, objectif finalement atteint en 1930 avec la constitution du Mapaï (Parti des ouvriers d'Eretz Israël) qui dominera la vie politique israélienne jusqu'en 1977 (après s'être transformé en Parti travailliste en 1968). Ensuite, il prend la tête d'une nouvelle organisation, la Histadrout, conçue comme le véritable agent de structuration de la nation juive. Ce « syndicat » intervient aussi bien dans le domaine social (cliniques, restaurants collectifs, bourses du travail...) qu'économique en contrôlant implantations agricoles, coopératives et une multitude d'entreprises. Il gère un réseau d'écoles, des journaux, des clubs sportifs et, surtout, une armée clandestine, la Haganah, dont le rôle deviendra de plus en plus important. La Histadrout fonctionne comme une préfiguration de l'État juif à venir. Enfin, en 1933, Ben Gourion fait des sionistes socialistes la force dominante de l'Organisation sioniste mondiale (O.S.M.), qui rassemble les Juifs favorables à la création d'un foyer national. Désormais, les sionistes-socialistes ont la haute main sur la direction politique de la nation juive. Logiquement, il devient en 1935 le président de l'exécutif de l'Agence juive, c'est-à-dire, de fait, le chef du « quasi-gouvernement » juif en Palestine. Les années 1930 et 1940 s'avèrent décisives. Tant la montée de l'antisémitisme en Europe que la multiplication des tensions judéo-arabes le convainquent que l'heure du « sionisme combattant » est arrivée. Il réclame à la fois la consolidation du proto-État juif (accélération de l'immigration qui a été quasi stoppée par le Livre blanc britannique de 1939, renforcement de la Haganah) et l'appui d'une puissance montante, les États-Unis. En pleine guerre, il y passera plus d'un an pour développer, avec un certain succès, tant chez les Juifs américains que dans les cercles gouvernementaux, une sympathie forte enve […]
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