2. Les expériences milanaises
Les années d'études à Milan au lendemain de la guerre constituent une autre série d'expériences avec la découverte de la promotion sociale, d'une métropole culturelle et de l'architecture. Issu d'une famille mi-paysanne, mi-ouvrière, avant d'emprunter à Gramsci la notion d'intellectuel « organique » à la classe ouvrière, Dario Fo sut, au milieu des artistes milanais, ne pas perdre contact avec ses racines provinciales. La « redécouverte » systématique du théâtre médiéval et des traditions populaires lui permit, bien avant 1968, de trouver sa propre cohérence. Les procédés de stylisation ou de grossissement particuliers au cabaret ou au cirque véhiculent toute une culture en puissance. Des ouvriers en grève ont ainsi inventé la représentation carnavalesque de la mort du capitalisme, que Dario Fo reprendra dans L'Enterrement du patron (Il funerale del padrone, 1969). L'enseignement de l'architecture vient d'autre part corroborer l'expérience des tréteaux en montrant à Fo que le théâtre s'inscrit dans un volume qui contient ensemble spectateurs et acteurs, et que ce qu'on appelle improprement les décors est en réalité une construction. Les plus belles machines scéniques qu'il ait inventées sont peut-être les métiers à tisser imaginaires auxquels les acteurs travaillent avec des gestes réels dans Le Métier à tisser (Il telaio, 1969).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



