L'importance prise par le théâtre de Dario Fo, connu et joué dans toute l'Europe à l'exception de la France, amène à s'interroger sur cet acteur exceptionnel dont l'itinéraire témoigne moins de sa singularité que d'une insertion exemplaire dans la tradition de son pays et d'une recherche dépassant les limites du théâtre.
Né en 1926, Dario Fo, après des débuts comme acteur de cabaret et de revue (1953-1955), fonda avec sa femme, Franca Rame, une compagnie pour laquelle il écrivit d'abord des farces (1958-1959), puis des comédies (1959-1968). Après la saison 1967-1968, qui fut un triomphe, il entra dans l'action militante avec le collectif Nuova Scena, en 1968, et La Comune en 1970. Ce sont les spectacles de cette période qui fondent sa notoriété de « jongleur » allant dire en tous lieux, jusqu'à la télévision, la révolte et le rire incommodes des opprimés, le Mystère bouffe (Mistero Buffo, 1969).
1. La leçon des conteurs du lac Majeur
Dario Fo n'est pas un enfant de la balle mais, en se donnant les moyens d'expression d'un acteur, il a atteint à chaque fois la perfection professionnelle, l'accord entre l'instrument et la visée de la représentation. Au lieu d'énumérer les techniques ou les genres qu'il a pratiqués, mieux vaut isoler comme autant de références certains de ses apprentissages. Lui-même raconte qu'il a dans son enfance écouté et imité les conteurs (fabulatori) et les marionnettistes du lac Majeur, dont les histoires fantaisistes renversaient la réalité pour faire apparaître le vrai. La dramaturgie de l'auteur Fo retrouvera ce schéma en présentant des situations absurdes, comme celle du fou qui se fait passer pour un magistrat dans Mort accidentelle d'un anarchiste (Morte accidentale di un anarchico, 1970) ou des personnages d'hurluberlus qui entrent si bien dans la logique qu'on leur impose qu'ils la mettent cul par-dessus tête et en révèlent la honteuse iniquité, comme la femme croque-mort de Septième Commandement : tu voleras, mais un peu moins (Settimo ruba un po'meno
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