Trouvée morte un matin dans son manoir de Cornouailles, à l'âge de quatre-vingt-un ans, Daphné Du Maurier fut sans nul doute l'une des romancières les plus lues du monde anglais. L'Auberge de la Jamaïque(1936), Rebecca(1938), Ma Cousine Rachel (1951) se sont emparées de l'imagination de millions de lecteurs. Tandis que le roman anglais traitait de l'engagement politique et du totalitarisme, des formes de société et des religions, Daphné Du Maurier, à l'écart des influences, produisait une succession de romans parfaitement traditionnels, qui avaient pour ingrédients principaux l'amour, l'aventure, la nostalgie et le suspense. Elle avait le sens du mystère et de la magie des lieux, savait construire une histoire, créer une atmosphère. Mais ce n'est pas là la seule explication de son extraordinaire succès : elle sut faire appel, comme, en vérité, le firent les contes de fées, à ces rêves, à ces terreurs et à ces désirs, à ces forces obscures dans l'inconscient humain, sur lesquelles fut fondée au xviiie siècle la vogue du roman gothique.
C'est au reste à un conte de fées que ressemble la vie de Daphné Du Maurier. Elle naquit en […]
