2. Les métamorphoses d'un peintre éclectique
Les renseignements biographiques dont on dispose au sujet de Shitao sont pauvres et fragmentaires et ne permettent que malaisément de cerner une personnalité qui semble avoir été complexe et multiforme. On se heurte aux ambiguïtés de cet aristocrate orgueilleux qui resta toujours très conscient de ses ascendances impériales, mais ne répugna pas à faire la cour aux parvenus du nouveau régime, de ce moine qui tient à préciser qu'il n'a pas la tête rasée et demande qu'on ne le considère que comme un peintre. Protéiforme, il l'est surtout dans sa peinture : dans toute l'histoire de la peinture chinoise, on trouverait difficilement un artiste qui ait utilisé un registre aussi large et aussi déconcertant de métamorphoses stylistiques (le précepte de la métamorphose, ou transformation, constitue d'ailleurs un des grands thèmes théoriques de ses Propos sur la peinture). Servi par sa virtuosité technique et sa culture classique, il se plaît à pasticher la peinture des Anciens, à la désintégrer, à la transformer ; dans ses procédés, il passe délibérément d'un extrême à l'autre : de la technique posée et minutieuse à l'exécution fruste et brutale, des fausses naïvetés de l'archaïsme à l'audace moderne, tantôt sauvage, tantôt subtil et coulant, tantôt âpre et cassant. Moins à l'aise dans les grands formats, où la qualité de l'exécution n'est pas toujours à la mesure de la conception, il est incomparable dans le feuillet d'album où, par magie, les impondérables accidents de quelques taches d'encre suffisent à suggérer un microcosme aux ressources inépuisables. La singularité qui l'amena à signer ses peintures de plus de trente surnoms est très significative : ce Moi créateur dont il entendait substituer la radicale autonomie à l'enseignement des écoles et au respect des traditions se voulait véritablement universel et innombrable.
Chez lui, le théoricien reflète par son éclectisme cette préoccupation d'universalité : il réconcilie les données fond […]
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