2. Défense et illustration du cubisme
Certes, il faut attendre la rupture de la guerre et de l'exil en Suisse de Kahnweiler, entre 1914 et 1920, pour qu'il couche par écrit son plaidoyer en faveur du cubisme et rédige ses invectives contre l'histoire de l'art ou la sculpture occidentale. Kahnweiler n'aura pratiquement écrit qu'en temps de guerre, sans se laisser abattre par les avanies du sort (la saisie de ses biens après la Première Guerre mondiale, l'arrêt brusque de ses activités de marchand pendant la Seconde : il n'était pas facile d'être juif et allemand lors de ces deux conflits). Nous disposons donc de deux ensembles de textes : le premier, publié de 1916 à 1920, tente de concilier une analyse formelle, voire formaliste, de l'œuvre d'art (discours logique du connaisseur qu'il était déjà) avec la philosophie allemande et l'histoire de l'art qu'il venait de découvrir. Le second, écrit pour une grande part sous l'Occupation, comprend une monographie sur Juan Gris (Juan Gris, sa vie, son œuvre, ses écrits, 1946) et un certain nombre d'essais sur Picasso, Seurat, Klee ou Mallarmé. Tous ces textes (à l'exception du livre sur Juan Gris) sont repris dans Confessions esthétiques, (1963).
Dans La Montée du cubisme, écrit en 1914-1915, un certain nombre de questions encore très problématiques sont tranchées avec vigueur, ce qui conduit Kahnweiler à quelques inexactitudes : par exemple, il sous-estime l'importance de la couleur chez Cézanne, ce qui lui permet de dire que seul Picasso (contre Braque et même Matisse) l'avait bien comprise ; la thèse selon laquelle Les Demoiselles d'Avignon sont un tableau inachevé constitue une autre de ces affirmations subjectives ; enfin l'interprétation de l'espace cubiste comme saillie, projection vers le spectateur est sans aucun doute sujette à caution. Cependant, Kahnweiler a été le premier à voir l'importance du clou en trompe l'œil que peint Braque dans Violon et cruche de l'hiver 1909-1910 (« À partir de ce moment, on voit toujours apparaîtr […]
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