2. Le « degré zéro » de la peinture
Le renoncement au geste en faveur d'une trame anonyme, devenue pure signalétique visuelle, a partie liée avec une critique profonde du milieu de l'art, de ses valeurs et de son mode de fonctionnement. Au mois de décembre 1966, l'association B.M.P.T., formée par Buren et les peintres Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni, se fixe justement pour but, à travers une série de Manifestations, de procéder à une déstabilisation méthodique du système. Dans Manifestation no 3, organisée en juin 1967 au musée des Arts décoratifs à Paris, le public invité était installé face à quatre toiles réalisées chacune par l'un des membres du groupe, toutes de facture impersonnelle. Après 45 minutes d'impatience, les spectateurs recevaient un tract précisant qu'il ne s'agissait que de regarder les peintures. Si B.M.P.T. entend ramener la peinture à son « degré zéro », il exclut l’iconoclasme radical. Au bout de neuf mois d’existence et cinq actions communes, le groupe se dissout car Parmentier s’oppose à l’idée de faire réaliser à chacun une toile dans le style des trois autres. Cependant, les Manifestations de B.M.P.T. ont poussé Buren à revendiquer un nouveau statut pour la peinture. Dans sa « Mise en garde » de 1969, l’artiste affirme : « La peinture ne devrait plus être la vision/illusion quelconque, même mentale, d'un phénomène (nature, subconscient, géométrie...), mais VISUALITÉ de la peinture elle-même. »
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