2. L'épanouissement
Le disque va contribuer à le faire connaître universellement à partir de 1964. Il enregistre en effet abondamment pendant de nombreuses années pour E.M.I. Barenboim ose graver avant ses vingt-cinq ans toutes les sonates de Beethoven avec une spontanéité, une intuition philologique et une qualité sonore qu'il ne retrouvera pas tout à fait des décennies plus tard pour sa deuxième intégrale. Il a aussi la chance d'enregistrer les cinq concertos du même Beethoven avec Otto Klemperer, des disques somptueux qui restent aujourd'hui encore au sommet de la discographie. Les meilleurs chefs se disputent sa participation : John Barbirolli l'accompagne dans les concertos de Brahms, Pierre Boulez dans ceux de Bartók. Sa carrière est lancée. Y compris comme chef, puisqu'il enregistre pour R.C.A. les concertos de Beethoven avec Arthur Rubinstein au clavier ! Mais c'est Mozart qui lui vaut la consécration : son intégrale des sonates mais surtout des concertos avec l'English Chamber Orchestra, d'une verve inouïe et d'une poésie charmeuse, lui valent des louanges unanimes. On salue autant le pianiste, à la fois délicat et viril, qui caresse les phrases mozartiennes avec sensualité, que le chef qui imprime une dynamique bondissante et une saveur exaltante aux concertos et aux instrumentistes anglais. Il faut bien reconnaître que ses enregistrements ultérieurs de ces concertos, notamment avec l'Orchestre philharmonique de Berlin, n'auront pas la même alacrité. En travaillant régulièrement avec l'English Chamber Orchestra, Barenboim donne des concerts à travers toute la planète, accumulant les triomphes et abordant tous les répertoires, jusqu'au contemporain.
À la même époque, ce musicien inlassable se passionne pour la musique de chambre. Il se montre un accompagnateur attentif mais aussi inventif. Il fréquente ainsi de grands virtuoses comme Itzhak Perlman ou Pinchas Zukerman, dont il guide l'épanouissement et avec lesquels il enregistre énormément. Barenboim rencontre aussi la violoncelliste Jacqueline Du Pré. Pendant plusieurs années ils forment un duo étincelant tout en vivant une véritable idylle amoureuse. Malheureusement, la musicienne britannique est atteinte d'une sclérose en plaques qui l'empêche de jouer à partir du milieu des années 1970 ; elle meurt en 1987. Ce drame a fortement marqué Barenboim, qui assurément y a puisé une énergie et une maturité sensibles dans ses interprétations ultérieures.
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