3. Crépuscule du dandysme
Après Oscar Wilde, le dandysme se fige et se crispe en attitude esthétisante ou en snobisme mondain. Il apparaît comme nostalgie, choix décadent, amertume de l'absence de gloire littéraire (Robert de Montesquiou), ou contribue à singulariser des personnages romanesques ou poétiques (Swann ou le baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu, l'Hérodiade de Mallarmé). Sans se retrouver dans la précision et l'intégralité de ses configurations initiales, le dandysme n'en constitue pas moins, pour l'art contemporain, un modèle esthétique et un instrument d'intelligibilité. Philippe Soupault prolonge le dandysme lorsqu'il affirme qu'être surréaliste c'est vivre constamment en serrant les dents ; André Breton également qui, contre toute instrumentalisation de l'art, entend repassionner l'existence. Si l'engagement surréaliste tranche cependant sur l'apathie du dandy, certains artistes du xxe siècle poursuivent dans la société de masse la double dimension du dandysme : froideur du personnage, impersonnalité et banalisation de l'œuvre. À ce dispositif, Jean-François Lyotard a prêté le savoir postmoderne selon lequel le « déréglage entre l'existence et le sens est la règle » ; il en a vu la présentation dans la peinture et dans l'insensibilité des bleus du peintre Jacques Monory. Davantage peut-être, le ready-made de Marcel Duchamp, l'image répliquée et répétée d'Andy Warhol, l'œuvre éphémère peuvent être éclairés par le dandysme. Le dandy inventé par Brummell ne peut se reproduire ou perdurer tel quel après les bouleversements du xxe siècle, mais il y a dans les travestissements de Duchamp en Rrose Sélavy, dans la volonté de Warhol de devenir une machine, dans leur commune conscience du devenir stéréotype de l'art, dans leur brouillage des genres et des sexes, un jeu entre contrôle de soi et exposition publique, indifférence et excès provocateur qui poursuit la stratégie de Brummell et accomplit le programme baudelairien énoncé dans Fusées : « Créer un poncif, c'est le génie. »
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