2. Poèmes d'épreuves et d'espoir
La guerre qui s'annonce en Chine avec l'agression japonaise tranche le fil de l'œuvre : parti symboliste et moderniste occidentaliste, le poète revient patriote et engagé. Même divisés par de profondes divergences sur la ligne à suivre, les intellectuels concentrés à Shanghai se sentent tous mobilisés. Dai a pris un poste de rédacteur à Hong Kong tout en poursuivant parallèlement son travail de traduction. Il s'agit cette fois d'Aragon, d'Eluard, de Sartre et de Romain Rolland. Peu de temps pour la poésie. Les Contemporains ont publié en 1933 Brouillons de Wangshu, qui sont les poèmes de recherche formelle d'un chef d'école, même si cette recherche va dans le sens de la simplicité, mais de novembre 1934 à mai 1945 (Dai n'écrira plus rien de 1945 à sa mort) le poète n'écrit plus guère qu'une vingtaine de textes, qui constitueront le recueil Années d'épreuves. La langue et les thèmes de cette partie de l'œuvre tranchent sur le reste, en suivant d'ailleurs une évolution très nette, des poèmes écrits juste après le retour – poèmes de langue et de thèmes traditionnels – aux poèmes des années quarante, plaintes et espoirs du patriote, appels au courage écrits « sur le mur de la prison ». Parmi ces derniers, le plus beau est sans conteste De ma paume meurtrie, dont l'idée poétique – probablement inspirée par les Poèmes de la France malheureuse, tout contemporains (1940), de Supervielle (que Dai est en train de traduire) – garde, une fois transposée à la Chine, une profonde originalité : « De ma paume meurtrie / Je palpe cette immense terre / Ce coin n'est déjà plus que cendres / Et ce coin-là du sang et de la boue / Ce lac doit être mon pays natal... / Rizières du sud du fleuve... / Fleurs de litchis du sud des Passes... » Pour Dai il n'y a plus de bonheur personnel, plus d'espoir autre que la libération de la « Chine éternelle ». Prison, maladie, torture : même l'image radieuse du passé est insupportable ainsi ravagée par « l'ombre des diables » et l […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



