3. La libération de la couleur
L'influence de l'ouvrage, considérable jusqu'à la Première Guerre mondiale (c'était l'un des seuls traités picturaux récents qui abordât clairement les problèmes techniques), ne fut peut-être pas tout à fait celle qu'aurait souhaitée Signac. Celui-ci défendait le néo-impressionnisme. Mais plus que l'apologie de la touche divisée, c'est celle de la couleur que ses lecteurs virent dans son livre. C'est sur elle que Signac concluait : « Si parmi [les néo-impressionnistes] ne se manifeste pas déjà l'artiste qui, par son génie, saura imposer cette technique [la division], ils auront du moins servi à lui préparer la tâche. Ce coloriste triomphateur n'a plus qu'à paraître : on lui a préparé sa palette. » Matisse, les fauves, Delaunay, Braque, Picasso et les cubistes, Gleizes, Metzinger et Lhote le lirent chacun à leur façon, retenant tantôt l'apologie du divisionnisme et de Seurat, tantôt la place accordée à la couleur. Ce que firent à leur tour Kupka, Kandinsky, les futuristes italiens ou les expressionnistes allemands (des extraits du livre avaient paru à Munich dans la revue Pan dès 1898, et l'ouvrage complet fut traduit en 1903). Les idées de Signac, même quelque peu déformées, touchèrent ainsi très rapidement l'Europe artistique des avant-gardes tout entière.
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