2. De l'excentricité à l'altérité
Le cynisme fait image : d'où cette ambiguïté du cynique dont l'excentricité est doublement significative. Excentrique, il l'est par son goût de la mise en scène, lieu de démarcation où s'installent sa singularité et sa différence. Nature incomparablement idiotique, le cynique jette un soupçon définitif sur tous les moyens ordinaires d'entrer en communication ; moyens rationnels, la science étant vaine et sa vérité artificieuse ; moyens légaux ou coutumiers, car la vie sociale et l'organisation politique ne sont que désordre au regard de la vie naturelle. N'est-ce pas cet homme-nature que cherche Diogène, au plein midi, brandissant une lanterne sourde ? Excentrique, le cynique l'est donc aussi en ce qu'il donne l'impression d'être un homme déjeté, un peu fol ; mis à nu mais plus encore mis en public, son for déploie les incertitudes et les vergognes du spectateur ainsi pris au piège, parce que le cynisme se déploie à travers le regard d'autrui. Prise en altérité, la conscience jugeante est jugée, se fait intérieure et remontée aux sources.
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