Ce n'est pas d'aujourd'hui, ni même d'hier, que l'on constate des fluctuations de l'activité économique, engendrant ce qu'il est convenu d'appeler des cycles. La Bible, par exemple, raconte le rêve de Pharaon – sept vaches maigres engloutissant sept vaches grasses – que Joseph interpréta comme l'annonce d'un cycle de sept années de bonnes récoltes suivi par un autre de sept années de récoltes médiocres. Il suggéra à Pharaon de stocker une partie des bonnes récoltes, pour pouvoir faire face ensuite aux années de vaches maigres, ce qui lui valut sa reconnaissance. Plus près de nous, les historiens de l'économie (Fernand Braudel et Ernest Labrousse notamment) ont relaté de nombreux épisodes de telles fluctuations d'origine agricole, aux conséquences souvent catastrophiques pour les sociétés anciennes qu'elles affectaient. Les causes étaient principalement climatiques ou liées à des épidémies (la grande peste au milieu du xive siècle en Europe, par exemple).
Dans des sociétés où l'agriculture n'occupe désormais qu'une part très réduite de la production et de l'emploi, les fluctuations d'origine climatique ne jouent plus qu'un rôle marginal. Pour autant, les fluctuations d'activité productive n'ont pas disparu, et certaines – pensons à la grande crise des années 1930 – ont laissé, par leur ampleur, des traces durables, aussi bien dans la société que dans la mémoire humaine. À une échelle heureusement plus réduite, les années récentes sont également marquées par d'amples fluctuations : dans le cas de la France, à la médiocre année 1993 (— 1 p. 100 de croissance économique) ont succédé des années de reprise économique culminant à 4 p. 100 (en 2000), avant de renouer avec des rythmes beaucoup plus ralentis. Loin de s'atténuer, il semble que les fluctuations économiques tendent à reprendre avec plus d'ampleur alors que, au moins durant la période des Trente Glorieuses (1946-1973), elles avaient quasi disparu en France et dans une grande partie des pays développés – les États- […]
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