3. Une littérature hypertextuelle
En publiant, en 1987, Afternoon, a Story, première hyperfiction distribuée sur disquette, Michael Joyce a inauguré un nouveau genre fondé sur la technique de l'hypertexte. Imaginé dès 1965 par Ted Nelson, cette technique est aujourd'hui indissociable de la lecture sur le Web. À l'ordre fixe des pages imposé par le livre se substitue une organisation non linéaire du texte qui peut être parcouru de multiples façons en cliquant sur les liens qui en relient les fragments. Cette liberté offerte au lecteur tend à faire de lui un acteur dans la production des énoncés proposés à sa lecture. Comme l'a montré Umberto Eco, tout lecteur d'un livre papier concourt par sa lecture à la production du sens. Mais, dans l'hypertexte, l'activité de lecture, par le biais des liens hypertextuels, gouverne l'ordre même dans lequel le texte apparaît à l'écran. Si bien que deux lecteurs du même hypertexte ne lisent pas le même texte.
Dans les hyperfictions les plus élaborées, la prise en compte du parcours de lecture par un programme informatique peut même modifier à son insu les liens proposés au lecteur. Celui-ci se retrouve alors au centre d'un labyrinthe dont la sortie est sans cesse déplacée. Sans doute faut-il voir dans cette sophistication les limites de la narration hypertextuelle. Car si tout texte narratif est organisé selon une visée téléologique qui l'oriente jusque dans les détails, l'hypertexte de fiction, en renonçant à cette configuration classique, privilégie le parcours d'un espace à explorer plutôt que la poursuite d'une histoire dont le lecteur cherche à deviner la fin. Cette dimension exploratoire convient particulièrement aux hypertextes de souvenirs, de rêveries ou de libres réflexions, ainsi qu'à des fictions policières.
Les Américains ont été les premiers à exploiter les possibilités de ce nouveau genre. En France, les œuvres hypertextuelles sont plus rares et davantage tournées vers le multimédia. Certaines sont sur CD-ROM comme 20 % d'amour en plus ou Pause de Fr […]
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