Plus de quatre siècles après Gutenberg, la littérature n'est plus aujourd'hui indissolublement liée au livre imprimé, cet objet familier qui tenait dans la main. Depuis leur apparition, les supports numériques n'ont cessé de se multiplier et de se diversifier ; Les CD-ROM, les DVD, le Web, mais aussi les e-books, les organisateurs personnels, les baladeurs numériques ou les téléphones portables offrent aux textes – y compris aux textes littéraires – un nouvel espace d'affichage et de nouvelles modalités de lecture-écriture. L'entreprise générale de numérisation à laquelle nous assistons ne saurait cependant se réduire à un simple changement de support. Le texte numérique, quand il n'est pas la reproduction à l'identique d'un texte papier, présente des propriétés encore peu exploitées par les écrivains, mais porteuses de changements profonds dans le champ de la littérature. Plus que d'une migration vers un nouveau média, il s'agit d'une véritable reconfiguration de la création littéraire et des conditions de sa réception, qui met en question la figure de l'auteur, le rôle du lecteur et de l'éditeur, et qui favorise l'émergence de nouveaux genres échappant aux catégories classiques de la littérature.
Parmi tous les vocables qui ont pu être proposés pour désigner cette nouvelle frontière de la littérature, celui de cyberlittérature semble le plus approprié pour trois raisons.
La cybernétique s'est d'abord intéressée aux processus de traitement de l'information et au fonctionnement des automates. La cyberlittérature, quand elle est générée par un ordinateur, repose sur la mise en œuvre d'automates linguistiques. La cybernétique, c'est aussi la mise en évidence des phénomènes de feed-back et du fonctionnement des systèmes complexes. La littérature informatique peut être qualifiée de cybernétique quand elle considère le triangle auteur-texte-lecteur comme un système au sein duquel le lecteur est en mesure de « manœuvrer » (le mot grec kubernêsis désigne l'action de manœuvre […]
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