5. La culpabilité collective
On voit qu'il est impossible de poser le problème de l'origine de la culpabilité dans l'individu sans rencontrer le social préexistant à celui-ci dans sa dimension historique, c'est-à-dire cette dialectique même « qui scande les enfantements de notre société » et qui ressortit à une psychanalyse de la culture. Comme en biologie, l'ontogenèse est ici une réduplication de la phylogenèse. Ainsi se justifie l'« audacieux empiètement » par lequel Freud se permet d'étudier à l'échelle de « l'espèce humaine tout entière » certains phénomènes inhabituels et pathologiques observés d'abord dans le psychisme individuel, notamment le phénomène de la culpabilité, qui constitue à ses yeux « le problème capital du développement de la civilisation ». Marcuse a bien vu que, pour Freud, le passage nécessaire à la perspective phylogénétique a un point de départ clinique : l'auteur de Totem et tabou repère, dans le sentiment de culpabilité, une sévérité surmoïque qui semble hors de proportion avec des pulsions ou actions individuelles effectivement condamnables, comme si quelque chose, dans l'intensité de l'expérience personnelle de la culpabilité, venait d'ailleurs, d'une expérience universelle, et reflétait l'influence indéclinable d'« événements génétiques », situés dans l'histoire archaïque de l'espèce.
Mais, quand, par le biais du mythe darwinien de la horde primitive, Freud veut donner une valeur figurée à ce qui possède ainsi une extension universelle, il n'a pas vraiment à sortir de la sphère individuelle, car l'historicité du sujet se trouve ancrée originairement dans l'historicité de la culture, l'une ayant à traverser, de la même manière que l'autre, les strates d'un passé qui a, dans les deux cas, les mêmes modalités de survivance. C'est pourquoi la cure a pour corrélat épistémologique indispensable une approche psychanalytique de la culture et même du politique. « Le comportement d'un enfant névrosé, écrit Freud, présente, lors des complexes d'Œdipe et de […]
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