« Mais n'est-il pas possible d'instituer un tableau de façon précise et consciente ? — M. Georges Seurat en prit l'initiative et en établit les termes dans son tableau Un dimanche à la Grande Jatte (1884-1886). » Félix Fénéon a défini ainsi le départ du néo-impressionnisme, et Henri Cross allait devenir, après sa rencontre avec Seurat et Signac, l'un des principaux adeptes de ce mouvement. Il s'agissait de donner une base scientifique, appuyée sur l'étude approfondie des phénomènes optiques, à cette division des tons que les impressionnistes, eux, avaient pratiquée d'instinct. Cette recherche convenait à sa nature, dont il a lui-même donné la caractéristique : « Dans la création, il y a, à côté de l'instinct, une grande part de volonté, et la volonté ne peut s'appuyer que sur une base précise. Cette précision m'occupe. Je la cherche dans les lois du contraste des teintes. Je ne me laisse pas aller à trop raisonner, je crois au contraire que c'est ce qui me manque le plus. Mes sensations, par suite de la qualité de mon tempérament demandent la grammaire, la rhétorique et la logique. » Un rêveur, un imaginatif bien décidé à refréner sa sensibilité sans toutefois tomber dans le dogmatisme, tel aura été ce peintre. Et ce sont finalement ses qualités d'indépendance, sa liberté vis-à-vis du sujet, l'éclat de ses couleurs « pointillistes » qui devaient, avec l'art de Signac, favoriser l'évolution de Matisse. Ses paysages et ses marines d'Italie et du midi de la France (Les Îles d'or
, musée d'Orsay, Paris) donnent une impression de douceur et d'harmonie. Plus que la science de ses couleurs, c'est bien leur finesse et leur ondulation dans la lumière qui touchent le spectateur.
Photographie
Les Îles d'or, H.-E. Cross Henri-Edmont CROSS, Les Îles d'or, huile sur toile. Musée d'Orsay, Paris.
Crédits: Giraudon, The Bridgeman Art Library Consulter
Antoine TERRASSE
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