2. Critique de la faculté de juger téléologique
La beauté d'un objet tient à la sensation de sa conformité à une « fin » spontanément proposée par l'imagination. Mais cet usage réfléchissant du jugement trouve un fondement objectif lorsque la forme de l'objet nous apparaît nécessitée par une fin naturelle : Kant parle alors de faculté de juger téléologique (du grec telos, fin) et non plus esthétique. Cette dimension téléologique demeure irréductible au mécanisme qui domine la science physique : l'étude du vivant (les êtres organisés) suppose un but, des fonctions ; mais si la pensée critique aboutissait à une « doctrine de la nature », elle se mettrait en contradiction avec les résultats de la première Critique. Aussi s'agit-il de formuler cette cause finale dans les termes d'une exigence non pas de l'entendement mais de la « raison », c'est-à-dire d'une causalité morale, telle qu'elle est élaborée dans la deuxième Critique.
Les deux parties de la troisième Critique se révèlent étroitement solidaires. Le défi était d'assumer un double paradoxe : comme l'a écrit Louis Guillermit, que l'homme ne puisse juger la nature belle qu'en l'assimilant à un art – et qu'il ne puisse juger beau le produit de sa propre activité qu'en l'assimilant à la nature.
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