4. Un « métier »
Quoique encore imparfaitement définie, dans ses manifestations multiformes, la tâche du critique d'art apparaît vite, au xixe siècle, éloignée de l'« oisiveté officielle », du « perpétuel et volontaire loisir » – spectre que souhaitait conjurer Gustave Planche (1808-1857), l'une des grandes figures de la période romantique. Sa conception d'une « critique consciencieuse et sévère » révèle une « besogne [...] âpre et ardue » dont se précisent, au fil du siècle, les exigences où l'on peut lire la définition d'une technique et l'esquisse d'un profil « professionnel ».
La chronique d'exposition adopte le plus souvent la forme d'une promenade conduisant le lecteur dans l'enfilade des salles, au gré de groupements constitués par le critique. Les commentaires sont distillés dans la presse, parfois sur une longue durée, dans l'esprit des feuilletons littéraires. Même s'ils sont par la suite repris en volumes, il est rare qu'ils échappent à cette conception itinérante et énumérative qui vient enrichir les données du « livret » de l'exposition. Publié sous le titre d'« Explication des ouvrages... », ce répertoire des exposants, livrant avec le nom et l'adresse des artistes celui de leur maître, indiquant de manière plus ou moins développée le sujet des œuvres, constitue la première et indispensable approche critique, dont certains, finalement, s'éloignent peu. Contre ce genre de « guide-ânes », Baudelaire, après le Salon de 1845, élabore une formule qui échappe à la fidélité descriptive. Le Salon de 1846 est en effet composé comme un traité d'esthétique autour de la question de la modernité, tandis que celui de 1859 se rassemble autour de l'imagination. À cette dernière manifestation, Baudelaire fait une seule visite, après cette boutade : « J'écris maintenant un Salon sans l'avoir vu. Mais j'ai un livret. Sauf la fatigue de deviner les tableaux, c'est une excellente méthode [...]. On craint de trop louer et de trop blâmer ; on arrive ainsi à l'impartialité. »
La qu […]
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