5. La critique des professeurs
C'est dans des œuvres rhétoriques du ier siècle avant et après J.-C. conçues en milieu romain (Cicéron, Denys d'Halicarnasse, Quintilien) que réapparaissent des histoires normatives de l'art bâties sur le modèle de Xénocrate, mais avec une progression et un idéal tout autre. Ces développements illustrent des histoires de la rhétorique en posant une homologie entre les différents arts. Un trait remarquable de ces passages est que les histoires littéraires sont extensibles et intègrent progressivement les nouveaux écrivains, tandis que les parallèles artistiques sont immuables et envisagent un passé figé qui ne dépasse pas la génération des artistes examinés par Xénocrate. Ce qui a changé, c'est l'idéal à atteindre, « une beauté au-delà du vrai » (decor supra verum) qui s'attache avant tout au contenu de l'œuvre, à l'effet produit sur le spectateur et aux capacités visionnaires de l'artiste. La phantasía, comme le souligne le rhéteur Philostrate, au début du iiie siècle, a pris le pas sur la mímēsis (Vie d'Apollonios de Tyane, ii, 22). Phidias, que Xénocrate plaçait au premier degré de sa hiérarchie des sculpteurs, se voit exalté comme le seul artiste capable de concevoir, à l'égal d'Homère (voir Dion Chrysostome, XIIe Discours), la majesté divine dans ses grandes statues chryséléphantines.
Cette critique véhiculée dans les milieux de l'enseignement rhétorique hérite aussi d'un passé complexe. Elle repose d'abord sur une comparaison entre les arts de la parole et ceux de l'image qui, au-delà d'Aristote, remonte à un plus lointain passé. On devait au poète Simonide l'aphorisme célèbre : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture qui parle », première formulation de l'ut pictura poesis d'Horace et source de tout un courant épigrammatique où le poète rivalise avec le peintre ou le sculpteur pour évoquer par les mots l'univers sensible. Gorgias, dans son Éloge d'Hélène, avait revendiqué le même privilège pour la prose d'art. On voit en outre s'affirmer dès le i […]
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