3. Imitation et imagination (« mímēsis/phantasía ») : la leçon des philosophes
C'est en effet dans l'interrogation philosophique sur le monde sensible et sur les conditions d'accès à la vérité que les références aux arts figurés, et surtout à la peinture, reviennent fréquemment à titre d'exemples métaphoriques facilitant l'accès au raisonnement plus abstrait. Chez Platon, adversaire de Démocrite qui avait, on l'a vu, théorisé la pratique du trompe-l'œil au théâtre, les références à la peinture illusionniste, désignée comme skiagraphía, débouchent sur une critique plus radicale d'un art d'imitation qui prend en compte la subjectivité de la perception et charme le spectateur en lui offrant une image trompeuse de la réalité. Dans un passage célèbre du Sophiste (235 dß-236 e), abondamment commenté à la Renaissance, Platon distingue à l'intérieur de l'« art de l'image » (eidōlopoiikè téchnē) l'« art de la copie » (eikastikè téchnē) et l'« art du simulacre » (phantastikè téchnē). Si le premier réalise l'imitation en se réglant sur les proportions du modèle en longueur, largeur et profondeur et en mettant les couleurs qui conviennent à chaque partie, le second prend en compte les infirmités de notre nature pour produire une image qui n'est belle qu'en apparence. Il est clair que la reconnaissance d'une subjectivité en art entraîne une valorisation de l'artiste qui ne se contente plus, comme le peintre ou le sculpteur égyptiens, de reproduire immuablement les modèles affichés dans les temples (Lois, 656 d-657 a). Si, de plus, l'artiste, comme le sophiste pour le langage, s'attache à reproduire les séductions du monde sensible, prétend les théoriser pour en faire un véritable objet de science et s'arroge une fonction d'éducateur dans la cité, il empiète sur le territoire du philosophe. C'est ainsi que des problèmes culturels débouchent sur des enjeux politiques. Platon est un fin connaisseur de l'art de son temps – son œuvre est un précieux témoignage sur la terminologie critique du iv
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