La criminologie est habituellement considérée comme la science des causes du crime. Mais cette science reste encore à ses débuts, bien qu'elle date du dernier quart du xixe siècle. Elle traverse même une crise si profonde qu'elle est atteinte à la fois dans la définition de ses ambitions, de son domaine et de ses méthodes.
Cette crise ne rend pas inutiles les travaux accomplis jusqu'à présent, relatifs à la criminalité et aux facteurs de la délinquance individuelle. Certains enchaînements sont connus. Les points acquis constituent déjà des moyens d'être moins aveugles dans le traitement des délinquants, qu'il faut bien considérer eux-mêmes comme moins différents de nous qu'une habitude rassurante ne nous portait à le penser.
1. Une discipline en crise d'identité
Le double sens que peut prendre le mot de cause en criminologie rend ambiguë toute ambition de déterminer les causes du crime. Certains criminologues, qui sont principalement des cliniciens, considèrent comme cause l'enchaînement des circonstances qui ont provoqué, dans le cas particulier du délinquant soumis à leur examen, la conduite délictueuse motivant la condamnation. La criminologie de ces cas individuels, étudiés sous leurs aspects médicaux, psychologiques et sociaux, grâce à la coopération polydisciplinaire de spécialistes, est dite « clinique ». Cette première approche offre un intérêt essentiel pour la recherche fondamentale. Elle permet la reconstitution de l'interaction particulière à chaque délinquant observé. Elle a aussi une grande utilité pratique : elle individualise, autant qu'il se peut en l'état de nos connaissances, les méthodes de traitement destinées à réduire au minimum les chances de récidive du malfaiteur considéré. La criminologie clinique n'a pas, en outre, l'ambition de parvenir à dégager les rapports généraux de causalité pouvant être exprimés sous forme de lois, lesquelles doivent, à leur tour, permettre la prévision des événements ultérieurs.
Cet objectif est celui d'une autre forme […]
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