4. La division de la matière primordiale
• Les Parents du monde
Selon la tradition transmise par Hésiode dans sa Théogonie, « Terre [Gaïa], elle, d'abord enfanta un être égal à elle-même, capable de la couvrir tout entière, Ciel [Ouranos] étoilé, qui devait offrir aux dieux bienheureux une assise sûre à jamais » (trad. P. Mazon). Ce couple primordial donna naissance à la famille innombrable des dieux, des cyclopes et des autres êtres mythiques. Comme il les « haïssait dès le premier jour », Ouranos les cachait dans le corps de la Terre (Gaïa), qui souffrait et gémissait. Encouragé par Gaïa, le dernier des enfants, Kronos, attend que son père s'approche de la Terre, comme il le faisait toujours à la tombée de la nuit, lui coupe l'organe générateur et le jette dans la mer. La mutilation d'Ouranos met un terme à ses créations et, par là même, à sa souveraineté. Ouranos, le Ciel, s'éloigne définitivement de la terre.
Le motif cosmogonique du couple primordial Ciel-Terre est présent dans beaucoup de mythologies. Les Maoris appellent le Ciel Rangi et la Terre Papa ; au commencement, pareils en cela à Ouranos et à Gaïa, ils étaient réunis en un étroit embrassement. Les enfants qui étaient nés de cet accouplement sans fin et qui, assoiffés de lumière, tâtonnaient dans les ténèbres, se décidèrent à séparer leurs parents. C'est ainsi qu'un beau jour ils coupèrent les tendons qui reliaient le Ciel à la Terre et poussèrent leur père de plus en plus haut, jusqu'à ce que Rangi fût projeté dans l'air et que la lumière fît son apparition dans le monde.
Le mythe des « Parents du monde » est extrêmement répandu en Asie du Sud-Est et en Océanie, de l'Indonésie jusqu'en Micronésie. Le motif de la séparation brutale du Ciel et de la Terre réapparaît parfois sous une forme différente ; à Tahiti, par exemple, on croit que cette opération a été effectuée par une plante qui, en poussant, a élevé le Ciel. Le thème des « Parents du monde » se rencontre également en Afrique et dans les deux Amériques. Il s'agit, à coup sûr, d'un motif archaïque. Selon la tradition sumérienne, au commencement le Ciel et la Terre étaient confondus – et le dieu Enlil les sépara. La présence d'un mythe semblable est attestée en Égypte : la Terre et le Ciel se tenaient étroitement embrassés, le dieu Geb sous la déesse Nout. Leur père, Chou, les sépara, en haussant par-dessus sa tête la déesse qui devint la voûte céleste.
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