4. L'action créatrice
• Le terme
Si l'on conçoit le néant non plus en référence à une pseudo-matière, mais comme le degré zéro en fonction duquel se constitue l'étagement progressif des niveaux d'être, on fera de l'univers en la hiérarchie de ses perfections, le terme immédiat de l'action créatrice. Si, au lieu des niveaux, on pense plus concrètement l'ensemble ordonné des êtres qui remplissent cet intervalle d'univers, on dira de préférence que le monde est le terme immédiat de la Création. Dans les deux cas, la Création porte sur le tout. En ce sens, l'action créatrice est pensée comme « totalisante », soit qu'on estime impossible la position dans l'existence d'un être unique et séparé, soit qu'on juge plus convenable que la toute-puissance se manifeste par une diversité qualitative d'expressions. La question est alors la suivante : si l'on pose au sommet de la hiérarchie les êtres spirituels – le monde intelligible –, les êtres procèdent-ils tous immédiatement, à égalité, du Dieu créateur ? ou bien faut-il hiérarchiser la Création elle-même, la responsabilité du monde sensible étant laissée au monde des esprits qui seul procéderait immédiatement de l'Absolu ? La théologie chrétienne, dans son orientation générale, s'est décidée en faveur du premier membre de l'alternative, excluant ainsi toute action créatrice médiate : la Création, en tant qu'elle fait quelque chose de rien, requiert une puissance infinie dont l'Absolu détient le privilège. Dans le néo-platonisme et, plus obscurément, en certaines formes de la pensée indienne, s'affirme résolument une conception opposée. Le monde sensible est destitué de toute « substantialité » authentique. Il s'ensuit qu'il peut procéder de l'intelligible, au titre de « phénomène », c'est-à-dire comme mode de sa manifestation d'être libre. Ces thèses ont des conséquences anthropologiques de grande portée. Elles impliquent deux conceptions de l'être libre : dans le premier cas il sera défini comme un pouvoir de libre arbitre ou de choix ; dans le second comme une causalité créatrice, de soi d'abord, du monde ensuite. Le contraste s'atténue, si l'on remarque que la Création au sens biblique n'a point pour centre la nature mais l'histoire, et l'homme comme porteur de cette histoire révélatrice de Dieu. La nature devient alors la médiation de cette histoire. Et si elle est moyen et simple moyen, ne pourrait-on en conclure qu'il revient à l'être libre, en tant que tel, d'en être l'origine comme il en est la fin ?
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