1. Phénoménologie de la création humaine
Pour saisir le phénomène contradictoire de la création, il faut procéder dialectiquement, en nouant entre eux les moments opposés qu'il manifeste à tous ses niveaux et dans tous ses aspects. La création est le drame qui met aux prises l'homme et son milieu, l'homme et son œuvre, et enfin l'homme et lui-même.
• Le créateur et son milieu
Comme tout phénomène humain, la création a des conditions sociales déterminées, qui consistent dans l'existence, d'une part, de certains moyens techniques qui sont mis à la disposition du créateur, d'autre part, de certaines exigences qui sont celles de la société de l'époque. Cela explique la parenté de créations appartenant à un même moment de l'histoire, comme la simultanéité de certaines inventions (on rappelle souvent que Newton et Leibniz inventèrent en même temps le calcul infinitésimal). Mais si la structure sociale en sa totalité exerce son influence sur la création d'une œuvre, celle-ci a pour horizon proche la région déterminée de la culture dans laquelle elle prend place. D'emblée, le créateur vit dans le monde qui lui est propre, par exemple, celui de l'art et de tel art. André Malraux a répété que le peintre ne crée pas dans un contact direct avec la nature, mais la retrouve médiatement à partir d'une rencontre prolongée avec les artistes qui l'ont précédé, que « l'art ne naît de la vie qu'à travers un art antérieur » (Les Voix du silence). Sinon, il n'y aurait pas une « histoire » de l'art, mais une profusion naturelle d'œuvres indifférentes les unes aux autres. Et même, la création culturelle pourrait-elle jamais commencer ?
Mais l'histoire étant la différence au sein de l'identité, cette relation de toute création aux créations antérieures implique que l'assimilation de celles-ci par l'imitation soit un simple moment par lequel le futur créateur se fortifie avant de rivaliser avec ses maîtres. Le moment de la rupture est essentiel à la création ; le créateur est d'abord celui qui saisit comme […]
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