3. Les fondements de l'esthétique baroque
Au-delà de ces exposés méthodiques, consciencieux et comportant certaines platitudes, se profile une conviction, celle de la séduction nécessaire de la peinture qui découle de « l'effet du Tout-ensemble » : les ingrédients du tableau doivent être si organiquement liés, si mutuellement dépendants, que celui-ci « ressemble à un Tout politique où les grands ont besoin des petits comme les petits ont besoin des grands ». Les corps doivent être associés en « groupes », et les groupes se valoriser également les uns les autres par les « contrastes » ou oppositions complémentaires. Ces groupes sont encore liés par un fort clair-obscur qui centralise le regard au lieu de le dissiper, selon le principe de la « grappe de raisins ». L'art n'a pas à s'astreindre à une rigueur absolue, il opère des subordinations et des sacrifices, joue du lyrisme des drapés pour équilibrer les compositions. La peinture que Piles appelle de ses vœux est le produit de « l'enthousiasme », qui n'est pas emportement ou bizarrerie, mais capacité à faire sentir d'emblée le caractère spécifique de l'œuvre, terrible, pathétique ou tendre, enjoué, mouvementé ou tranquille. Même si le Cours de Roger de Piles est le premier traité qui consacre de véritables chapitres à la peinture de paysage, à ses composantes, à ses deux grands genres « héroïque » et « champêtre » ainsi qu'au portrait (entre ressemblance et complaisance...), même s'il s'attarde sur le détail de l'apprentissage du jeune peintre et des études préparatoires à la composition historique ou au paysage, il est avant tout un acte de confiance dans le « génie » propre au peintre : « Le génie est la première chose que l'on doit supposer dans un peintre. » Ce génie, unique, a ses prédilections et ses faiblesses : l'essentiel est qu'il emporte le spectateur sur les ailes du sublime, l'attire, l'émeuve et ne le déçoive pas.
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