3. Réalité des courants de turbidité actuels
Les courants de turbidité sont difficilement observables directement dans le milieu marin. L'existence de ce phénomène n'est fondée que sur un faisceau de données concourantes. En 1936, R. A. Daly avança l'hypothèse que les courants de turbidité hydrauliques jouaient un rôle prépondérant dans le creusement des canyons sous-marins qui dissèquent la marge continentale des océans. De nombreux auteurs dont Kuenen (en 1937, 1938 et 1947) se rallièrent à cette hypothèse. H. C. Stetson et J. F. Smith furent apparemment les premiers, en 1938, à tenter d'expliquer la présence de sables grossiers dans les domaines abyssaux océaniques par le transport d'une charge sédimentaire par un courant de turbidité.
L'étude a posteriori des conséquences du tremblement de terre du 18 novembre 1929, affectant le plateau continental et la pente continentale dans la région de Grand Bank (Terre-Neuve), a conduit à envisager la réalité hydraulique du courant de turbidité. L'étude, dans le domaine profond adjacent, de la rupture successive des câbles sous-marins depuis le talus continental, la mise en évidence d'une importante érosion et le dépôt d'une masse considérable de sédiments grossiers dans tout ce domaine jusqu'à quelque 750 kilomètres de l'épicentre apportèrent des informations sur la propagation du phénomène, qui ne peut être un simple glissement en masse étant donné la distance, la vitesse de propagation et la pente faible, inférieure à 20. La seule explication logique est qu'il y a déplacement d'un courant de turbidité, né de phénomènes de glissement et d'écroulement sous-marins intervenant dans la région de l'épicentre. Le séisme d'Orléansville (Chleff, Algérie, 9 sept. 1954) fut accompagné de phénomènes comparables. J. Bourcart et L. Glangeaud (1958) montrèrent que les ruptures des câbles sous-marins avaient été causées par des courants de turbidité distincts, multiples, liés aux secousses originaires du foyer principal et des foyers secondaires, et transportant des sédiments ter […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



